1 a a220La route que suivent les explorateurs du "Nouveau Monde" est bien à contre-sens des pistes balisées proposées par ce "Monde Perdu". Et si nous n'étions là que pour explorer d'autres Voies si peu empruntées ? Pour prendre des chemins de traverse ? Oui, traverser nos murs opaques et voguer vers d'autres rivages. Découvrir des terres vierges, où tout est possible, où tout est à inventer. Nous sommes les explorateurs de nos Mondes intérieurs ! Tout comme Christophe Colomb le fut à son époque, découvrant le Nouveau Monde (ce qui est une légende car il n'a rien découvert du tout, mais ce n'est pas le propos ici), lui dont le nom dévoile tout le Mystère du Passage et, tel Saint-Christophe, a lui aussi traversé l'eau. Et si nous soulevions un peu le voile des apparences pour trouver derrière une toute autre compréhension ? Dans nos légendes et nos mythes se trouve souvent une connaissance cachée du Grand Mystère de la Vie. Flamboyante Quête, qui jalonne nos chemins et nous murmure, nous interpelle.

 

CRISTOFORO COLOMBO OU CHRISTOPHE COLOMB

Que se cache-t-il derrière la légende de Christophe Colomb, de son nom d'origine Cristoforo Colombo ? Nous pourrions nous arrêter là, car la question contient la réponse. Christophe vient de "Christoforos" en grec et signifie "Qui porte le Christ". Il dérive aussi des mots grecs "Khristos" (Christ) et "Phorein" (porter). C'est donc, comme Saint-Christophe, un Porteur de Lumière. D'ailleurs, Colomb (ou "colombo", "colomba") est la Colombe, symbole de l'Esprit-Saint, le Verbe créateur dont tout Homme est porteur et dépositaire. Nous avons donc "L'Esprit Saint qui Porte la Lumière". Tout comme Saint-Christophe qui, portant le Christ, réussit le passage sur l'autre rive, Christophe Colomb lui aussi découvre un Nouveau Monde.  Jose Garnelo y Alda - Musée Naval de MadridEtrange parallèle, semblables histoires. Pourrions-nous en déduire que pour découvrir et aborder l'autre rive, ce Nouveau Monde, nous devons nous aussi être des Porteurs de Lumière ? Et ne le sommes-nous pas déjà, cheminant tel Saint-Christophe ou voguant tel Christophe Colomb, en quête de cette Essence, de cette Lumière qui nous habite et nous hante en tous lieux ? Fragrance inconnaissable, mouvement de Vie perpétuel en toute chose, en tout espace.

 

CHRISTOPHE DE LYCIE OU SAINT-CHRISTOPHE

Selon "La Légende Dorée" de Jacques de Voragine, c'était un géant qui s'appelait Réprouvé (mis au ban de la société). Un jour, il quitta le Roi puissant qu'il servait pour aller chercher le Diable, car il désirait servir le maître le plus puissant. Il le rencontra dans le désert, parmi un groupe de soldats féroces, mais il le vit s'enfuir devant une croix. Il se mit alors à la recherche du Christ, puisqu'il était plus puissant que le Diable. Il rencontra en route un ermite qui lui expliqua les principes de la foi du Christ : jeûner souvent et lui adresser de nombreuses prières. Le géant ne voulut pas se soumettre à de telles exigences et il refusa. Il finit donc, selon le conseil de l'ermite, par être passeur au bord d'un fleuve tumultueux, aidant les voyageurs à traverser. Un jour il vit un petit enfant qui attendait sur la berge pour aller sur l'autre rive, il le mit sur ses épaules et commença à traverser le fleuve. Mais au fur et à mesure qu'il avançait, l'enfant se faisait de plus en plus lourd et le fleuve de plus en plus menaçant, et il eut beaucoup de mal à arriver sur l'autre rive. Il dit à l'enfant, qu'il lui avait autant pesé que s'il avait eu le poids du monde sur ses épaules ! Alors l'enfant lui répondit, qu'il n'avait pas eu seulement le poids du monde sur ses épaules, mais aussi de Celui qui avait créé le Monde...

Joachim Patinir et Quentin Metsys (Peinture Joachim Patinir et Quentin Metsys)

Ne sommes-nous pas, lorsque nous quittons un tant soit peu le théatre de ce monde, nous-mêmes des réprouvés ? Mis illico presto au banc de la société, dès lors que nous ne jouons plus à la table de ce Casino aux dés pipés ? Oui, nous sommes bien celui-là qui ayant fidèlement servi Mammon, ce Roi puissant trônant en nous depuis des millénaires, ose un jour le quitter pour rencontrer son maître, le Diable. Ou plutôt son véritable visage : notre part d'Ombre, ce prédateur en nous, notre frère et initiateur. Et la quête commence dans le désert de soi où nous le rencontrerons inévitablement, siégeant au centre de ses fidèles serviteurs : nos multiples parts ignorées. Pourtant, est-elle si terrible que ça cette Ombre, puisqu'elle s'enfuit devant une croix ? Il n'est pourtant pas si simple à incarner ce symbole de l'alignement parfait entre Ciel et Terre, au centre duquel l'Être véritable est posé. Comprenant cela, nous nous mettons en quête de notre essence christique et rencontrons sur le chemin maintes formes semblant la contenir. Mais ce ne sont que de jolis flacons. Et nous cherchons le Parfum. L'ineffable Fragrance. Etant forcément quelque peu rebelles, à la soumission aveugle, aux exigences de ce monde et à l'enfermement, nous tournons un jour les talons face à ce qui nous ramène encore et toujours à l'extérieur de Soi, un univers d'idées de croyances et de références.

Alors un matin, nous nous arrêtons devant ce fleuve tumultueux qu'est la Vie. Et parce qu'Elle est partage, parce que nous sommes compassion, et un petit peu plus fort que les autres (ne sommes-nous pas un géant ?), nous aidons nos frères à La traverser. Ou peut-être simplement que nous nous aidons nous-mêmes, faisant passer sur l'autre rive toutes nos parts, comme Isis rassemblant d'Osiris les membres épars. Jusqu'au jour de la rencontre inévitable de l'Enfant. L'Horus, Yeshoua, le Ressuscité d'entre les morts. Celui qui vient Après. Le Deux-fois-né ! Cette part que l'on ne peut rencontrer qu'après soient passées toutes les autres, de vie à trépas. L'aventure est là d'envergure et le géant plus aussi fort qu'il n'y paraît ! Car cette part subtile se déploie, de plus en plus puissante et nous fait ployer, tomber à genoux. Mais il faut continuer ! Il faut traverser ! Une fois le chemin entrepris, nous ne pouvons plus nous en détourner. Et les flots deviennent furie. Les éléments discordants en nous se déchaînent face à la Lumière, qui Se découvre et les découvre. Et cela est de bonne augure ! L'Ombre enfin éclairée joue là sa dernière bataille, perdue d'avance ; mais le jeu est nécessaire, inévitable et initiateur. Chacun participe à la Création ! Qui sait combien de temps aura duré cette périlleuse traversée ? Nul n'en parle. Elle appartient à chacun. Peut-être nous faudra-t-il toute une vie ? Ou plus encore ? Ou un seul instant, un saut quantique ? Quelle importance, l'enjeu (en-je) est le chemin et il est de taille, et il sera obtenu un jour ou l'autre. Enfin sur l'autre rive, le visage de l'Enfant se dévoile. Il nous fallait bien tout ce chemin pour supporter Sa splendide Lumière ! Et pour comprendre que cet Enfant, que nous portons tous comme une joie ou un fardeau, est notre Essence, cette Lumière source de toute Création et de toute Vie !

 

DE SAINT-CHRISTOPHE CYNOCEPHALUS À ANUBIS

Imbwa Anubis deviendra le St Christophe de la tradition chrétienne : (Saint-Christophe cynocephalus  - Musée Byzantin Athènes)

Saint-Christophe s'appelait en réalité Christophe de Lycie, Lycie étant une province de l'Asie Mineure (actuelle Turquie). Lycie vient du grec "lukos" qui signifie "loup". Cette légende de Saint-Christophe viendrait d'un récit gnostique, où il est représenté avec une tête de chien ou de loup ; sorte de géant cynocéphalique vivant dans la terre des Chananeans (le Canaan  du Nouveau Testament), mangeant de la chair humaine et aboyant. Saint-Christophe se nommait "Le Réprouvé" selon les uns, "Offerus" selon les autres, et c'est par le baptême qu'il prendra le nom de "Christianus" ou "Christophorus". Nous pouvons là encore faire le rapprochement entre "Offerus" et "Orpheus" ou Orphée : "Celui qui porte le Tout". Jusqu’au quinzième siècle en Europe occidentale, on le voit le plus souvent sous la forme d’un homme au visage de chien, puis cette représentation païenne disparaît pour laisser place au Saint-Christophe que l'on connaît. Dans l'iconographie de l'église orientale de même qu’en Russie, il conserve encore aujourd’hui son aspect d’origine et est appelé "Christophóros".

Cette représentation ne peut que nous rappeler l'iconographie égyptienne du Dieu Anubis, passeur des âmes après la mort. Le loup (comme le chien) est un symbole chtonien (terre, tellurique, monde souterrain), un psychopompe (passeur qui conduit l'âme des morts, qui guide dans la nuit) et donc un initiateur. Les cynocéphales (êtres à tête de canidé) gardent les lieux sacrés et, dans la chrétienté orthodoxe, on trouve de nombreux cynocéphales dont Saint-Christophe justement. Anubis est bien sûr à l'origine de ces psychopompes. Il n'est pas qu'un passeur ou un guide, il est en réalité le Gardien du Seuil, le Maître du Passage et le Gardien des Clefs qui ouvrent la porte du Nouveau Monde. Monde qui ne sera franchi qu'après la terrible initiation au coeur du sarcophage. Nous sommes tous des Christoforos, porteurs de cette essence christique, cette Lumière qui nous meut. Mais nous ne pourrons accéder à ce Nouveau Monde intérieur, notre fréquence véritable, qu'en réalisant le périlleux passage de la rive du moi au Soi. Et il ne peut s'effectuer que sur le fleuve tumultueux de la Vie ; dans la confrontation avec nos multiples parts, que ce monde ne manquera pas de nous refléter. Nous ne pourrons rencontrer notre Lumière qu'en rencontrant d'abord notre Ombre. Et c'est dans l'union des deux, au sein de notre sarcophage (nos profondeurs abyssales), que nous effectuerons cette transmutation alchimique. Comme nous la fîmes sous la houlette du Grand Maître Anubis, qui n'est autre que le mystérieux et ô combien puissant reflet de l'antique et éternelle Sagesse de notre Être multidimensionnel...

 

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